Seule, sans un bruit autour de moi, j'observe le feu qui crépite dans la cheminée. Et entends une voix me dire :
"Pourquoi êtes-vous triste Mademoiselle ?"
Je réponds que ce n'est que passager et que demain, après une bonne nuit de sommeil, j'irais mieux.
La voix reprends :
"Pourquoi êtes-vous triste Mademoiselle ?"
Après un court instant de silence, la même voix me demande de fermer les yeux quelques minutes et de ne répondre qu'une fois les yeux réouverts.
Je ferme les yeux, ne pense à rien, bercée par le doux bruit émanant de la cheminée, et les rouvre.
La première fois que je suis venue dans ce quartier, c'était en Juin 2004.
A l'époque, j'étais stagiaire. Je pensais que tout allait bien se passer et que tout me réussirait. Quelques différents professionnels ont fait que, finalement, cette expérience allait se révéler comme ne pas être la meilleure.
Je suis revenue plusieurs fois dans ce même quartier, sans y repenser.
La première fois que j'y suis vraiment revenue, c'était en Novembre 2010. C'est à ce moment que j'ai reconnu la rue, le quartier, et ce petit restaurant miteux où l'on venait déjeuner lorsque j'étais stagiaire. En réalisant tout cela, j'ai eu un pincement au coeur.
Et finalement, au cours des semaines et concerts, j'ai pris goût à ce quartier, qui, petit à petit, devenait, pour moi, synonyme de "défi".
Aucun de ces concerts organisés dans la petite salle de ce théâtre ne fut simple.
Malgré ma bonne volonté et mon organisation "parfaite", il manquait toujours quelque chose, un pépin arrivait toujours à la dernière minute. Je n'ai jamais baissé les bras, et mon goût pour le défi fit que les problèmes ont toujours été réparés, et le résultat, parfait.
J'ai fait mes adieux à cette salle le Dimanche 3 Avril 2011, deux jours avant mes 25 ans. Une semaine avant la fin de mon contrat.
Je reconnais avoir pleuré pendant la représentation et sur le chemin du retour.
Quelques jours plus tard, j'accueillais deux de mes groupes. L'un d'entre eux venait pour deux concerts importants à Paris.
Le premier réunissait sur la même scène les deux groupes. Ce soir-là fut un succès. Et ce succès fut dignement fêté. Grâce à eux, j'oubliais la fin prématurée de mon contrat de travail.
Nos plans furent malheureusement bouleversés le lendemain. Adieu rêves et succès tant attendus cette semaine-là.
Mon équipe et moi sommes tout de même allés à l'événement qui devait accueillir le groupe.
Je savais où se trouvait la salle, savais par où nous devions passer, et eut un pincement au cœur rien qu'en y pensant. En montant dans le métro, le même pincement était toujours là. Une fois sortis, je pensais le faire passé en discutant et blaguant avec mon équipe. Mais, plus nous nous rapprochions du théâtre, et plus je sentais les larmes monter.
Bien entendu, plutôt que de craquer, j'ai préféré détourner mon regard, ne rien dire, et ignorer le bâtiment devant lequel nous passions.
Nous sommes allés à l'événement, et y avons passé, selon moi, un bon moment. Mais, voir le nom de l'artiste barré et accompagné de la mention "annulé" m'attristait vraiment. Je prenais cette annulation comme un échec personnel, même si cette annulation était indépendante de ma volonté.
Nous y sommes retournés le lendemain, et sommes repassés, une fois encore, devant le même théâtre, moi, avec le même pincement au cœur et ce refus de parler.
Je ne suis plus vraiment revenue dans ce quartier.
Une première fois, j'étais venue acheter de nouveaux livres, et y ai croisé un ancien professeur. C'était la première fois que je parlais vraiment de la fin de mon contrat, et que j'y pensais comme un échec. Je fus soulagée lorsque mon interlocuteur dût mettre fin à notre conversation, je n'avais pas pu rentrer dans les détails, et cela m'avait permis d'éviter une nouvelle crise de larmes.
Je suis revenue ce soir pour un concert. Le malaise était toujours là.
Ce soir, je voulais passer par un autre chemin supposé plus court, pour ne pas passer devant le théâtre. Malheureusement, mon piètre sens de l'orientation m'a obligée à repasser devant, avec les mêmes larmes et la même tristesse.
C'était d'autant plus fort aujourd'hui que le concert avait lieu dans cette même salle que l'événement au concert annulé.
La présence d'un olivier à côté de moi, arbre auquel je ne suis plus allergique, m'a permis de me mentir à moi-même lorsque j'ai senti que je pleurais.
J'avais pris goût à ce quartier, parce qu'il signifiait défi, et surtout défi relevé pour moi. J'avais réussi.
De plus, voir l'un de mes artistes programmé dans cette salle prestigieuse me laissait croire au succès et à ma réussite professionnelle. En un instant, tout s'était envolé. Et ce quartier défi, est devenu quartier échec.
Ce soir, je n'ai cessé de voir des fantômes.
J'ignore encore comment faire le deuil de ce quartier.
Nous sommes sensés apprendre de nos erreurs et de nos échecs. Je ne sais pas encore ce que cela va m'apprendre...
Je me tais. La voix me demande pourquoi prendre cela comme un échec ?
A cela, je ne sais que répondre.
Je quitte ma banquette, le feu de cheminée et le salon feutré, et demande à la voix si je peux revenir.
Elle me répond que je n'ai pas besoin de demander l'autorisation.
Gone Baby Gone - by Harry Gregson Williams

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