vendredi 28 décembre 2012

L'important, l'expérience ?

Mes deux Master 2 étaient des Master professionnels. Chacune de mes 5 années d'études a été validée par un stage obligatoire, plus ou moins long.

D'ailleurs, pour le plus ou moins long, je reproche une chose aux deux établissements qui m'ont accueillie : aucun d'entre eux ne nous laissait la possibilité de faire un stage de 6 mois. Un peu triste lorsque l'on sait que le Master est dit "professionnel"... Passons. 

5 ans d'études, donc 5 stages. 


Le premier ne devait durer que 2 mois. Obligation. 
J'ai débarqué dans une agence de communication qui n'avait comme clients que des entreprises industrielles. Sauf un. Au bout de deux ou trois semaines, j'ai été envoyée en mission à la Fondation Napoléon pour assister la Responsable des Collections dans le montage d'expositions sur le Bicentenaire du Sacre et du Code Civil (premier stage en 2004, depuis, je me souviens bien de 1804...)
Je suis arrivée là-bas sans accorder beaucoup d'intérêt à Napoléon. Mais au fil des jours, j'ai rencontré une fois, puis deux puis trois Jean Tulard, LE grand spécialiste du sujet. A chaque rencontre, il avait une nouvelle anecdote à raconter. Il la racontait avec tellement de passion qu'on avait l'impression qu'il l'avait vécue. Grâce à lui, je me suis intéressée de plus en plus au Premier Empire, et mémorisais bien plus facilement que lors de mes cours d'histoire.

J'ai donc assisté au montage d'une exposition imprévue sur le double Bicentenaire. L'exposition avait lieu à La Baule Escoublac, il me fallait d'abord faire l'inventaire des œuvres qui allaient partir de Paris, noter leur état et les expédier (enfin, un transporteur venait les récupérer). Je me suis également occupée des cartels, mise en forme et contenu, et de la relecture des panneaux. J'ai fait le déplacement à La Baule, constaté l'état des œuvres à leur arrivée et ai donné mon avis sur l'accrochage. 

Les deux mois sont passés trop vite, je n'ai pas eu l'occasion d'assister au vernissage. J'ai eu des échos sur le succès de l'exposition après la fin de mon stage.
Un stage très intéressant, du début à la fin.


Mon stage de deuxième année, en revanche, fut un échec. 
J'avais trouvé le premier via un collègue de mon père. Mais, l'idée du piston me déplaisait. Donc, pour le deuxième, je suis passée par la section stage de mon école.

J'étais Assistante de tout et rien pour une micro association (2 personnes à l'époque) parisienne œuvrant pour le développement des musiques africaines. Intéressant sur le papier, abusif en réalité. Le bureau était constitué d'une pièce avec un seul bureau et un seul ordinateur. Un seul des deux membres travaillait là. Et comme il n'y avait que ce matériel, je ne venais que deux jours par semaine, le reste du temps, je travaillais de chez moi avec mon téléphone, mon ordinateur, mes fournitures. Remboursement zéro, rémunération zéro, suivi zéro. 

Je devais rechercher les festivals correspondant aux artistes de l'association, et faire des fiches explicatives. En gros, je devais recopier mot à mot l'Officiel de la Musique... (sauf que je n'ai découvert cette bible que de nombreux mois après et qu'ils ne l'avaient pas, donc Google...). Bref, plus une perte de temps qu'autre chose. En mauvaise élève, passé le listing, j'ai joué au solitaire, attendant le retour de mon responsable et espérant passer à la suite, un peu plus constructive, à savoir, les demandes de booking et de partenariat. Je crois que, sept ans plus tard, j'attends encore. 
Depuis, ce stage n'apparaît plus sur mon CV et je n'en parle pas.


Mon stage de troisième année était différent. 
N'ayant cours que trois jours par semaine, j'ai choisi l'alternance. Mes deux jours de libre, je les passais en stage. 
Je l'ai trouvé moi même, et après quelques relances. Une maison de disques à Versailles, Rejoyce, avec qui je suis toujours en contact.

J'y ai occupé le poste de Chargée de Développement. J'avais sous ma responsabilité un artiste World Music et un groupe Pop Rock. Il me fallait les placer sur scène et en festivals. Malheureusement, sans expérience en booking et avec des artistes "inconnus", mes démarches n'ont pas abouti. 
Cependant, cela m'a énormément apporté. J'y ai découvert le booking et tout ce qui en découlait, les pressions et les coûts que cela représente. Et surtout, appris à ne pas désespérer lorsqu'un programmateur dit non.
Six ans plus tard, je suis quand même un peu triste lorsque j'y repense. Aujourd'hui, je m'occupe d'artistes en développement, et je peux les placer sur scène. 
Peut-être qu'à l'époque de Rejoyce, je n'avais pas encore assez de maturité.


Mon stage de quatrième année était mon stage de fin d'études. 
Il aurait pu être plus long que quatre mois, mais non, l'école imposait quatre mois. 
Ce fut difficile pour moi de le trouver, mais j'en garde un très bon souvenir.

A l'époque j'étais encore animatrice chez les Scouts et Guides de France. J'envoyais mes demandes de stage tout en finissant la préparation du camp d'été. Étant Directrice de Camp cette année-là, avec des animateurs stagiaires à évaluer, je ne voulais aucune erreur.
Nous sommes partis en camp avant que je n'ai de réponse à mes candidatures. Un soir, préparant le feu pour la préparation du dîner, milieu de séjour, j'entends mon téléphone sonner (étant directrice, j'y avais le droit !). Numéro que je ne connais pas, fatigue accumulée, et surtout, voix qui déraille, je décroche. De l'autre côté, Amélie, Chargée de Promotion du label UWe. Sur le coup, je n'avais aucune idée de l'appel, de ma candidature, tout, en camp scout, lorsque l'on est responsable d'enfants, le monde professionnel est loin !!!!!! J'ai trouvé un morceau de papier et ai noté le rendez-vous.
Le jour du rendez-vous, ma voix n'était pas vraiment rétablie, j'avais encore des coups de soleil étranges, bref, pas très pro. J'ai expliqué la situation à Amélie, elle a rigolé. J'ai eu le stage, même si, à l'époque, je ne connaissais ni la promotion, ni les musiques électroniques. 
Quatre mois intenses de relations presse, de relances, d'envois promotionnels, de négociations d'opérations spéciales, de négociations interview, de commandes de cd/d'affiches. Et surtout, une grande polyvalence.

L'équipe était constituée de 7 personnes, et deux stagiaires. Lors des urgences, chacun mettait du sien pour aider, pour renseigner, un vrai bonheur.
A mon arrivée, l'administrateur quittait son poste et fut remplacé par quelqu'un d'autre. Une personne compétente sur le papier, mais incompétente en réalité. En très peu de temps, elle a mis tout le monde sur les nerfs, patrons compris. Elle partait du principe que la Promo utilisait tout le papier imprimante, toutes les enveloppes, et que sais-je encore, donc la Promo, et Promo Only, devait se charger des courses et de la poste tout le temps. 

Un jour, ma Responsable et moi devions lancer des impressions en nombre pour des expéditions promo. A la fin de nos impressions, il restait quantité suffisante de papier pour que "j'échappe" aux courses, décision d'Amélie qui avait besoin de moi pour le choix des destinataires et des envois à préparer. Peu après, l'Administratrice lance des impressions en nombre et est confrontée à "plus de papier". Un instant plus tard, elle frappe à notre porte me demandant quand j'avais l'intention de retourner en acheter. Je n'ai pas eu le temps de répondre que ma responsable prenait ma défense. 
Un peu plus tard, je me rends compte que j'ai oublié de compter certains documents dans mes impressions, et personne n'est allé acheter de papier. Je le signale à Amélie qui fait la grimace. Elle me dit d'y aller et que quoiqu'il se passe, elle me soutient parce que je suis sa stagiaire et que elle seule peut prendre ce genre de décisions et me donner des ordres ! Je vais voir l'Administratrice pour avoir quelques sous, faisant exprès de laisser la porte du bureau Promo ouverte, ainsi que la porte de l'Administration. 
J'ai eu le droit à un avertissement dénonçant mon comportement inacceptable du refus des courses qui devait obligatoirement être mon rôle parce que à l'Administration on devait faire... et là... petit blanc, elle ne savait que lister pour se prouver incapable d'aller au bout de la rue pour acheter cinq ramettes. Elle crut bon d'envoyer le mail à ma Responsable qui n'a pas bronché, et aux deux patrons, absents à ce moment-là. 
Je suis partie faire les courses. Peut-être une heure plus tard, un des patrons revient, à sa grande discrétion, nous l'entendons aller dans son bureau, et surtout l'entendons ressortir et passer en flèche dans le couloir direction Administration. 
Personne n'a entendu ce qui c'était dit exactement, mais depuis ce jour, les deux patrons était capables de m'appeler par mon prénom et ont pris ma défense sans que ma responsable n'ai à intervenir. 

Cet épisode est peut-être anodin mais m'a beaucoup appris.
Chacun a un rôle précis, certes, mais de plus en plus la polyvalence règne. UWe m'a appris à avoir cette curiosité. Jusqu'à cette Administratrice, nous avions des roulements établis entre les stagiaires (d'abord 2 puis 3) et apprentis (au nombre de 2) pour les courses et la poste. Tout a changé lorsqu'elle est arrivée. Elle a voulu imposer ses règles, et cela c'est retourné sur elle. 
A quoi bon ? C'est là l'importance d'une équipe aussi !


Après ce stage, j'ai été diplômée de mon premier Master 2. 
Je devenais Administratrice de Projets en Médiation Culturelle. 
Je me suis réinscrite à la fac 6 mois plus tard pour compléter mon cursus, et donc faire un nouveau stage, Assistante de Promotion chez Jarring Effects.
Sûrement mon meilleur stage.

Quatre mois, pas plus, parce que après cela, je devais garder du temps pour la rédaction de mon mémoire. Quatre mois passés trop vite. J'ai peut-être encore plus appris à Lyon, qu'à Paris.

J'ai d'abord appris à être patiente.
En effet, j'ai vite su que mon stage c'était chez eux ou nulle part. J'avais appris l'existence du label pendant mon stage chez UWe, et je voulais rester dans l'électro. Lors d'une journée obligatoire à St Étienne, j'ai rencontré Monsieur Mo, le grand patron, à qui j'ai exprimé le souhait de faire un stage en promo, il m'a gentiment donné les contacts.
Dans la foulée, lettre de motivation et cv. Rien. Relance mail. Rien. Première relance téléphone "oui j'ai reçu, pas eu le temps de lire, rappelle demain". Demain, je rappelle, même chose. Je re-rappelle et obtiens grâce à une petite voix et un sourire non stop un rendez vous. 
Par respect pour mon tuteur, je ne détaillerais pas l'entretien, et ne dirais que ceci, j'ai eu le plaisir de le rencontrer et de cerner le personnage au MIDEM (séjour "obligatoire" dans mon cursus !). Un grand moment. Un peu peur, et finalement, pas tant que ça.
Début mars, j'ai donc débarqué là-bas, au milieu d'une équipe masculine et quelque peu bordélique. Un vrai bonheur. Ils m'ont expliqué les dossiers et ai tenté "mais, pourquoi vos documents sont en triple ?" "oh ben..." "j'ai le droit de faire un peu de tri gentil?" "fais toi plaisir !"

Lors de mon entretien, il(s) avai(en)t vu que j'avais l'expérience nécessaire pour me laisser voler de mes propres ailes. Ils me donnaient le planning, les dossiers à utiliser, la répartition des contacts, et hop. Je devais respecter les délais et assumer mes erreurs. En gros, je n'étais pas juste stagiaire, pour eux, j'étais plus, surtout que j'étais la fille de la promo ! 

Et qui dit équipe masculine, disait aussi diplomatie et surtout résistance. 
Ils m'ont testé une fois ou deux, comme ça, pour voir. Je me souviens notamment d'un journaliste un peu casse-pieds, celui qui veut toujours faire à sa façon, et qui veut que le groupe s'adapte (alors que c'est le contraire...). Bref, il me revenait à moi. J'ai relevé le défi de le remettre gentiment à sa place, oui l'interview de tel groupe sur tel festival, mais si tu le veux c'est soit phoner et tu appelles tel jour à telle heure, soit sur place à cette heure-là et pas une autre. Il a entendu mon ton ferme, et a cédé. Mes responsables ont souri, comme si je venais de passer le test du journaliste chiant. C'était plaisant. 
Depuis, les journalistes, j'adore !


5 stages, et depuis, presque trois ans en indépendante. 
Mais pour l'employeur, je n'ai pas d'expérience. 

Est-ce parce que je n'utilise pas le piston ? 
Parce que mes diplômes sont de cursus méconnus ? 
Ou parce que pour eux le stage signifie photocopie ?

Je n'ai jamais fait une seule photocopie, exceptée celles qu'il me fallait pour moi. J'ai été félicitée pour mes réussites, et ai assumé mes erreurs, en les avouant.
 
Je me souviens d'un échec. 
Chez UWe, trop de sorties en même temps, je n'ai pas eu le temps nécessaire pour l'une d'entre elle. Je l'ai avoué à ma responsable, j'ai eu le droit à ma remontrance de la part de ma Responsable (porte fermée !) et ai appris de mon erreur. C'est possible de faire la promo de plusieurs albums en même temps, à condition de se poser un planning et de le respecter (et d'envoyer balader les courses et la poste pendant quelques jours !)

Malheureusement, aucun de mes stages n'a été supérieur à 4 mois, et alors ? 
Est-ce pour autant qu'il faut être recalé ?

Je me souviens de mon père qui a été débauché dès son diplôme, il ne maîtrisait pas le sujet, mais il s'y est mis, a appris ce qui lui manquait sur le tas. Je regrette cette époque, cette époque où l'intitulé du diplôme vous ouvrait les portes de l'entreprise !
Si on vous a donné votre chance un jour, pourquoi vous entêter à prendre celui qui paraît compétent et qui ne l'est pas quand le polyvalent est là, lui aussi ? 


Mon prochain billet traitera du management ! D'ici là, j'ai besoin d'une petite aspirine !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

LinkWithin

Related Posts with Thumbnails